Théorie quantique des champs – Partie 6

note

Notes de lecture du livre Quantum field theory for the gifted amateur de Thomas Lancaster et Stephen Blundell. Notes faites avec l’aide de Claude.

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Fonction de Green et propagateur

  • Une fonction de Green est la réponse impulsionnelle d'un système linéaire ; par superposition, elle résout n'importe quel problème avec source.
  • L'amplitude de transition quantique $\langle x, t \,|\, x', t'\rangle$ est (à un facteur près) une fonction de Green de l'équation de Schrödinger. On l'appelle le propagateur. Ses pôles en énergie donnent le spectre.
  • Quand $\hat H = \hat H_0 + \hat V$, le propagateur exact s'écrit comme une série géométrique en $\hat V$ (équation de Dyson) dont chaque terme se lit comme un dessin : propagation libre → interaction ponctuelle → propagation libre → … C'est l'ancêtre direct des diagrammes de Feynman (chapitres suivants).

Fonction de Green

Soit $\hat L$ un opérateur différentiel linéaire. On cherche à résoudre (pour une source $f$ quelconque) :

$$\hat L\phi = f$$

Stratégie :

  • Résoudre d'abord le problème pour la source la plus simple possible = une impulsion ponctuelle :

    $\displaystyle \hat L_x G(x, x') = \delta(x - x') $

  • Puis invoquer la linéarité. La source $f$ étant une superposition d'impulsions, $f(x) = \int \delta(x-x') f(x') \mathrm{d}x'$, la solution est la superposition des réponses :

    $\displaystyle \phi(x) = \int G(x, x')f(x') \mathrm{d}x'. $

$G(x,x’)$ est ce que « ressent » le système en $x$ quand on le frappe en $x’$. On retrouve la réponse impulsionnelle du traitement du signal.

Au sens des distributions :

$G$ est une solution élémentaire de l’opérateur $\hat L$ :

$$\hat L\, G = \delta$$


Invariance par translation et produit de convolution

Si $\hat L$ est à coefficients constants alors on a invariance par translation.


Si l’opérateur $\hat{L}$ est à coefficients constants, il commute alors avec tous les opérateurs de translation $T_a$ (tels que $(T_a f)(x) = f(x-a))$ :

  • La dérivation commute avec $T_a$ : $\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}x}[f(x-a)] = f'(x-a)\Rightarrow \frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}x} T_a f = T_a \frac{\mathrm{d}f}{\mathrm{d}x}$.
  • La multiplication par une constante commute trivialement avec $T_a$​.

Toute somme $\sum_j a_j\, \mathrm{d}^j/\mathrm{d}x^j$ à $a_j$ constants commute donc avec $T_a$.

Contre-exemple à coefficients variables :
$\hat L = x\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}x}$ donne $\hat L(T_a f)(x) = x f’(x-a)$ mais $T_a(\hat L f)(x) = (x-a) f’(x-a)$. Le coefficient $x$ « voit » la position absolue.

Normal puisque des coefficients constants correspondent à un milieu homogène !

Si on a invariance spatiale, alors translater la source translate la réponse d’autant : $G(x+a, x’+a) = G(x, x’)$ pour tout $a$.

Géométriquement : dans le plan des couples $(x,x’)$, $G$ est constante le long de chaque diagonale $x - x’ = \text{cste}$ (translater les deux arguments de $a$ = glisser le long d’une diagonale).

L’identité valant pour tout $a$, choisissons celui qui ramène la source à l’origine : $a = -x’$.

$\displaystyle G(x, x') = G(x - x', 0) \;\equiv\; G(x - x') $

La formule de superposition devient le produit de convolution entre $G$ et $f$ !

$\displaystyle \phi(x) = \int G(x - x')f(x')\, \mathrm{d}x' = (G * f)(x) $


Vérifions que $\phi = G*f$ résout bien $\hat L \phi = f$.

On passe l’opérateur différentiel sous l’intégrale (possible car $\hat L$ ne « voit » que la variable $x$) :

$\displaystyle \hat L_x \phi(x) = \int \underbrace{\hat L_x G(x - x')}_{=\ \delta(x - x')} f(x')\, \mathrm{d}x' = f(x) $

En traitement du signal, la sortie d’un système linéaire et invariant dans le temps est toujours $s_{\text{sortie}} = h * s_{\text{entrée}}$, où $h$ est la réponse impulsionnelle. La fonction de Green incarne bien cette réponse impulsionnelle, et l’hypothèse « coefficients constants » correspond à l’invariance du système.

Avec un hamiltonien indépendant du temps (et donc invariant par translation temporelle), reconstruire $\psi(t)$ à partir de $\psi(t’)$ revient à une convolution temporelle. Et si de plus $\hat H = \hat p^2/2m$ (particule libre), il est aussi invariant par translation spatiale…

Exemple de détermination et d’utilisation d’une fonction de Green :

Montrons que la loi de Coulomb intégrale est la résolution de l’équation de Poisson par fonction de Green.

En effet, $\nabla^2 \phi = -\rho/\varepsilon_0$ a pour fonction de Green $G(\mathbf r, \mathbf r’) = \dfrac{1}{4\pi |\mathbf r - \mathbf r’|}$.

Pourquoi donc ?

Le laplacien radial en dimension 3 s’écrit :

$$ \nabla^2 f(r) = \frac{1}{r^2}\frac{\mathrm{d}}{\mathrm{d}r}\left(r^2\frac{\mathrm{d}f}{\mathrm{d}r}\right) $$

Avec $f = 1/r$, $\dfrac{\mathrm{d}f}{\mathrm{d}r} = -\dfrac{1}{r^2}$, donc $r^2 f’ = -1 \rightarrow (r^2 f’)’=0$ d’où :

$$ \nabla^2\left(\frac 1r\right) = 0 \quad \text{pour } r \neq 0 $$

Donc si $\nabla^2(1/r)$ est « quelque chose », ce quelque chose est entièrement concentré en $0$. Candidat naturel : un multiple de $\delta^{(3)}$.

Intégrons $\nabla^2(1/r) = \boldsymbol\nabla \cdot \boldsymbol\nabla (1/r)$ sur une boule $B_\varepsilon$ de rayon $\varepsilon$ centrée en $0$, et transformons en flux (théorème de Green–Ostrogradski) :

$$ \begin{aligned} \int_{B_\varepsilon} \nabla^2\left(\frac1r\right) \mathrm{d}V &= \oint_{S_\varepsilon} \boldsymbol\nabla\left(\frac1r\right)\cdot \,\mathrm{d}\mathbf S\\ &= \oint_{S_\varepsilon} \left(-\frac{1}{r^2}\hat{\mathbf r}\right)\cdot \hat{\mathbf r} \,r^2 \mathrm{d}\Omega\\ &= -\int \mathrm{d}\Omega \\ &= -4\pi \end{aligned} $$

Les $r^2$ se compensent exactement, le résultat est $-4\pi$ quel que soit $\varepsilon$. Une « fonction » nulle partout sauf en un point, mais d’intégrale $-4\pi$ sur tout voisinage de ce point : c’est la définition opérationnelle de $-4\pi\delta^{(3)}(\mathbf r)$. D’où

$$ \nabla^2\left(\frac{1}{r}\right) = -4\pi\delta^{(3)}(\mathbf r) $$

Pour Poisson, on adopte la convention de signe $\nabla^2 G = -\delta^{(3)}$ (et non $+\delta^{(3)}$ comme dans la définition générale), de sorte que $G$ soit directement le potentiel d’une charge unité ; c’est ce signe qui fera convoler $G$ avec $+\rho/\varepsilon_0$ ci-dessous. Par invariance par translation selon $\mathbf{r}$, $G(\mathbf{r},\mathbf{r’})=G(\mathbf{r-r’})$. Donc

$$ G(\mathbf r, \mathbf r’) = \frac{1}{4\pi |\mathbf r - \mathbf r’|} $$

La formule de superposition redonne alors bien la loi de Coulomb intégrale :

$\displaystyle \phi(\mathbf r) = \int G(\mathbf{r}-\mathbf{r'})\,\frac{\rho(\mathbf{r'})}{\varepsilon_0} \,\mathrm{d}^3 r' = \dfrac{1}{4\pi\varepsilon_0}\displaystyle\int \dfrac{\rho(\mathbf r')}{|\mathbf r - \mathbf r'|}\mathrm{d}^3 r' $

Le potentiel total est la somme des potentiels de charges ponctuelles. Toute la théorie des fonctions de Green est la généralisation de ce raisonnement.


Transformée de Fourier

Si $\hat L$ est à coefficients constants, la transformée de Fourier le transforme en multiplication par un polynôme $L(k)$, d’où :

$$ \tilde G(k) = \frac{1}{L(k)}. $$

Les ondes planes $e^{ikx}$ sont des fonctions propres de la dérivation, donc de tout opérateur construit à coefficients constants à partir de dérivations.
En base de Fourier, un tel opérateur est diagonal, et appliquer $\hat L$ revient à multiplier par la valeur propre $L(k)$.

Plaçons-nous à 1D (le cas général est identique) :

$\displaystyle \hat L = \sum_{j=0}^{m} a_j\, \frac{\mathrm{d}^j}{\mathrm{d}x^j}, \; a_j \in \mathbb C \text{ constants} $

$\displaystyle \frac{\mathrm{d}^j}{\mathrm{d}x^j} \mathrm e^{\mathrm ikx} = (ik)^j\, \mathrm e^{\mathrm ikx} \Longrightarrow \hat L \mathrm e^{\mathrm ikx} = \underbrace{\left(\sum_j a_j (ik)^j\right)}_{\displaystyle L(k)} \mathrm e^{\mathrm ikx} $

Chaque onde plane est vecteur propre de $\hat L$, de valeur propre le polynôme $L(k)$.

Maintenant, décomposons une fonction quelconque sur cette base (transformée de Fourier inverse) et appliquons $\hat L$ en dérivant sous l’intégrale :

$\displaystyle \phi(x) = \int \frac{\mathrm{d}k}{2\pi} \tilde\phi(k) \mathrm e^{\mathrm ikx} \Longrightarrow \hat L\phi(x) = \int \frac{\mathrm{d}k}{2\pi} \underbrace{L(k) \tilde\phi(k)}_{\widetilde{L\phi}(k)} \mathrm e^{\mathrm ikx} $

Autrement dit, dans l’espace de Fourier, $\hat L$ agit par simple multiplication : $\widetilde{\hat L \phi}(k) = L(k) \tilde\phi(k)$. L’équation différentielle $\hat L \phi = f$ devient une équation algébrique :

$\displaystyle L(k) \tilde\phi(k) = \tilde f(k) \Longrightarrow \tilde\phi(k) = \frac{\tilde f(k)}{L(k)} \Longrightarrow \tilde G(k) = \frac{1}{L(k)} $

La dernière égalité vient de la transformée de $\hat L G = \delta$ sachant $\tilde\delta = 1$.


Que se passe-t-il si les coefficients $a_j$ de $L$ ne sont pas constants ?

Si $a_j = a_j(x)$, le produit $a_j(x)\,\partial^j\phi$ devient, en Fourier, une convolution $\tilde a_j * \big((ik)^j\tilde\phi\big)$. L’opérateur n’est alors plus diagonal, les modes $k$ se mélangent.

Moralité : coefficients constants = invariance par translation = les ondes planes diagonalisent = Fourier transforme en simple multiplication.

Les zéros de $L(k)$ (c’est-à-dire les modes propres du système libre) deviennent les pôles de $\tilde G$. Le spectre du système est encodé dans les pôles de sa fonction de Green.

Deux exemples. :

  • Klein-Gordon statique : $\hat L = -\nabla^2 + m^2$ $\Rightarrow$ $L(\mathbf k) = \mathbf k^2 + m^2$
    On en déduit $\tilde G(\mathbf k) = \dfrac{1}{\mathbf k^2 + m^2}$, dont la transformée inverse en 3D est le potentiel de Yukawa $\dfrac{\mathrm e^{-mr}}{4\pi r}$.
    Aucun zéro réel de $L$ : pas de mode propagatif, pas de subtilité de contour.
  • Schrödinger : $\hat L = \mathrm i\partial_t - \hat H_0$ $\Rightarrow$ $L(E) = E - \dfrac{p^2}{2m}$
    Ici $L$ s'annule sur la relation de dispersion. $\tilde G = 1/L$ n'est donc pas défini tel quel (les modes propres du système libre sont des obstructions à l'inversion). Toute la prescription $i\varepsilon$ (voir la suite) est la réponse à ce problème : comment diviser par quelque chose qui s'annule.

Le propagateur quantique

La particule est en $x’$ à l’instant $t’$, quelle est l’amplitude de probabilité de la trouver en $x$ à l’instant $t$ ?

On définit le propagateur retardé :

$\displaystyle G^+(x, t\,;\, x', t') = -\mathrm i \, \theta(t - t') \big\langle x \big| e^{-i\hat H (t - t')} \big| x' \big\rangle $

où $\theta$ est la fonction de Heaviside (on n’autorise la propagation que vers le futur, le $+$ en exposant signifie « retardé »).


Le propagateur est la solution élémentaire de l’équation de Schrödinger, avec la condition aux limites « causale » ($G^+ = 0$ pour $t < t’$).


Calculons $(\mathrm i\partial_t - \hat H_x)\,G^+$ :

Posons $\tau = t - t’$ et $G^+ = -\mathrm i\,\theta(\tau) K(\tau)$ avec $K(\tau) \equiv \langle x| \mathrm e^{-\mathrm i\hat H \tau} |x’\rangle$, en notant que $\partial_t = \partial_\tau$ à $t’$ fixé.

  • $\theta'(\tau) = \delta(\tau)$ au sens des distributions.
  • $\delta(\tau) K(\tau) = \delta(\tau) K(0)$ (le Dirac ne « voit » que $\tau = 0$), et $K(0) = \langle x | \mathrm e^{0} | x'\rangle = \langle x | x' \rangle = \delta(x - x')$.
  • $\partial_\tau K(\tau) = \langle x| (-i\hat H)\, \mathrm e^{-\mathrm i\hat H\tau} |x'\rangle = -\,\mathrm i\, \hat H_x\, K(\tau)$ où $\hat H_x$ est l'opérateur différentiel agissant sur la variable $x$ (c'est la définition même de la représentation position : $\langle x|\hat H \hat A|x'\rangle = \hat H_x \langle x|\hat A|x'\rangle$).

On a donc :

$\displaystyle \partial_t G^+ = -\,\mathrm i\Big[\underbrace{\delta(\tau)\, K(\tau)}_{=\ \delta(\tau)\,\delta(x-x')} + \theta(\tau)\, \partial_\tau K(\tau)\Big] = -\,\mathrm i\,\delta(\tau)\,\delta(x-x') \;-\; \mathrm i\,\theta(\tau)\,\big(-\mathrm i\hat H_x K\big) $

Multiplions par $\mathrm i$ et regroupons :

$\displaystyle \mathrm i\,\partial_t G^+ = \underbrace{\mathrm i\cdot(- \mathrm i)}_{=\,1}\,\delta(\tau)\,\delta(x-x') \;+\; \hat H_x \underbrace{\big[-\mathrm i\,\theta(\tau) K(\tau)\big]}_{=\ G^+} = \delta(t-t')\,\delta(x-x') + \hat H_x\, G^+ $

C’est-à-dire

$\displaystyle \big(\mathrm i\partial_t - \hat H_x\big)\, G^+ = \delta(t-t')\,\delta(x-x') $

Cela fait du propagateur une fonction de Green.

Le propagateur contient donc toute la dynamique puisque :

$\displaystyle \psi(x, t) = \mathrm i \int G^+(x, t\,;\, x', t') \psi(x', t')\, \mathrm{d}x' \quad (t > t') $

De $\mathrm e^{-\mathrm i\hat H(t-t’)} = \mathrm e^{-\mathrm i\hat H(t-t’’)} \mathrm e^{-\mathrm i\hat H(t’’-t’)}$ et de la relation de fermeture $\int |x’’\rangle\langle x’’|\mathrm{d}x’’ = \mathbb 1$, on tire la loi de composition ($t > t’’ > t’$) :

$\displaystyle G^+(x,t\,;\,x',t') = \mathrm i\int \mathrm{d}x''\; G^+(x,t\,;\,x'',t'')\, G^+(x'',t''\,;\,x',t') $

L’amplitude d’aller de $x’$ à $x$ est la somme sur tous les points intermédiaires des amplitudes des trajets en deux étapes1. On obtient là un équivalent du principe de Huygens pour l’amplitude quantique : chaque point $x’’$ atteint à l’instant $t’’$ se comporte comme une source secondaire d’amplitude. C’est ce mécanisme qui rend possibles à la fois l’intégrale de chemin et la lecture « diagrammatique » de la théorie des perturbations que l’on va découvrir dans la suite.

Rq : si $t’’$ sort de l’intervalle, l’un des $\theta$ s’annule et le membre de droite est nul alors que le gauche ne l’est pas. Les propagateurs retardés ne composent que dans l’ordre chronologique.


Représentation spectrale

Insérons une base propre de $\hat H$, $\hat H |n\rangle = E_n |n\rangle$, $\phi_n(x) = \langle x | n\rangle$, et posons $\tau = t - t’$. Le propagateur devient :

$\displaystyle G^+(x, x'\,;\, \tau) = -\mathrm i \theta(\tau) \sum_n \phi_n(x) \phi_n^*(x') \mathrm e^{-\mathrm i E_n \tau} $


Il suffit d’insérer la relation de fermeture pour s’en assurer :

$$ \begin{aligned} \langle x|\mathrm e^{-\mathrm i\hat H\tau}|x’\rangle &= \sum_n \langle x| \mathrm e^{-\mathrm i\hat H\tau}|n\rangle \langle n|x’\rangle \\ &= \sum_n \mathrm e^{-\mathrm iE_n\tau} \langle x|n\rangle\langle n|x’\rangle\\ &= \sum_n \mathrm e^{-\mathrm iE_n\tau} \phi_n(x)\phi_n^*(x’) \end{aligned} $$

Pour propager de $x’$ à $x$ pendant $\tau$, on décompose l’état initial localisé $|x’\rangle$ sur les modes stationnaires (le poids du mode $n$ est $\phi_n^*(x’)$). Chaque mode tourne dans le plan complexe à sa fréquence propre (les états stationnaires ne font qu’accumuler une phase), puis on recompose en $x$ (facteur $\phi_n(x)$). Décomposer–faire tourner–recomposer : c’est le mode d’emploi universel des problèmes linéaires, et le propagateur en est la forme condensée.

Passons en « espace des énergies » par transformée de Fourier en temps.

$\displaystyle \tilde G^+(x, x'\,;\, E) \;=\; \int_{-\infty}^{+\infty} \mathrm{d}\tau\; \mathrm e^{\mathrm iE\tau}\, G^+(x, x'\,;\, \tau) $

$\int_{-\infty}^{+\infty}$ se réduit à $\int_0^{\infty}$ à cause du $\theta(\tau)$.

Problème : l’intégrale $\int_0^{\infty} \mathrm e^{\mathrm i(E - E_n)\tau}\,\mathrm{d}\tau$ ne converge pas (l’intégrande oscille sans s’amortir).

Remède : donner à l’énergie une partie imaginaire infinitésimale, $E \to E + \mathrm i\varepsilon$ avec $\varepsilon \to 0^+$ à la fin du calcul, ce qui amortit l’oscillation :

$\displaystyle \int_0^{\infty} \mathrm e^{\mathrm i(E - E_n + i\varepsilon)\tau} \,\mathrm{d}\tau = \frac{\mathrm i}{E - E_n + \mathrm i\varepsilon} $

On obtient la représentation spectrale :

$\displaystyle \tilde{G}^+(x, x'\,;\, E) = \sum_n \frac{\phi_n(x) \phi_n^*(x')}{E - E_n + i\varepsilon} $

Finalement, on n’a pas calculé la transformée de $G^+$, mais celle de $G^+(\tau) \,\mathrm e^{-\varepsilon\tau}$ en décrétant que cela donnera bien $\tilde{G}^+$ dans la limite $\varepsilon \to 0^+$. La section suivante vérifie que cette expression est bien la bonne.

  • les pôles de $\tilde{G}^+(E)$ (situés en $E_n - \mathrm i\varepsilon$, juste sous l’axe réel) sont les énergies propres ;
  • les résidus sont les produits de fonctions d’onde $\phi_n(x)\phi_n^*(x’)$.

Autrement dit : mesurer le propagateur, c’est mesurer le spectre.
En théorie des champs, ça va devenir : le pôle du propagateur exact définit la masse physique de la particule (c’est ce qui donnera un sens à la renormalisation de la masse).

note

Point notation : on ne distingue pas toujours la transformée de Fourier du propagateur par un ~ étant donné que l’argument nous informe sur la nature de l’objet : temps → propagateur, énergie → transformée du propagateur.


Les pôles encodent la causalité

Vérifions la cohérence de la formule obtenue pour $\tilde{G}^+(E)$ en inversant la transformée de Fourier par le théorème des résidus :

$\displaystyle G^+(\tau) \;\stackrel{?}{=}\; \int_{-\infty}^{+\infty} \frac{\mathrm{d}E}{2\pi}\, \mathrm e^{-\mathrm iE\tau}\, \tilde G^+(E) $

Rien ne garantit a priori que la mémoire de la causalité (le $\theta$) ait survécu au passage en énergie, où il ne reste que des fractions rationnelles. Le calcul par résidus va montrer qu’elle a survécu, et où elle s’est cachée : dans la position des pôles.

Avec $E = x + \mathrm iy$, on a $|\mathrm e^{-\mathrm iE\tau}| = \mathrm e^{y\tau}$. Le lemme de Jordan2 impose alors :

  • $\tau > 0$ : pour que ça converge, il faut fermer le contour dans le demi-plan inférieur ($y < 0$). On y attrape tous les pôles $E_n - \mathrm i\varepsilon$ ; la somme des résidus redonne $-\mathrm i\sum_n \phi_n \phi_n^*\, \mathrm e^{-\mathrm iE_n\tau}$ (signe $-$ car on tourne dans le sens négatif).
  • $\tau < 0$ : on ferme dans le demi-plan supérieur. Aucun pôle → intégrale nulle.

C’est la fonction $\theta(\tau)$ qui réapparaît !

Moralité : le déplacement infinitésimal des pôles n’est donc pas un détail technique, il encode les conditions aux limites temporelles.

Prescription Position des pôles Fonction de Green Physique
$E_n - \mathrm i\varepsilon$ tous sous l’axe réel retardée $G^+$ tout se propage vers le futur
$E_n + \mathrm i\varepsilon$ tous au-dessus avancée $G^-$ tout se propage vers le passé
panachée fréquences $+$ dessous, $-$ dessus Feynman $\Delta_F$ particules vers le futur, antiparticules vers le passé

La troisième ligne tease chapitre suivant : en théorie relativiste, le spectre en fréquences contient des solutions d’énergie négative réinterprétées comme des antiparticules remontant le temps.


Exemple :

Particule libre : $\hat H_0 = \hat p^2/2m$

En Fourier spatial ET temporel, la représentation spectrale se réduit à un seul terme par mode :

$$ \tilde{G}_0^+(\mathbf p\,;\, E) = \frac{1}{E - \dfrac{p^2}{2m} + \mathrm i\varepsilon}. $$

Un pôle unique sur la relation de dispersion : « une particule libre, c’est un pôle qui se promène ».


Théorie des perturbations et équation de Dyson

Faisons maintenant intervenir une interaction $V$ dans le système. Écrivons $\hat H = \hat H_0 + \hat V$ et appelons $G_0$ le propagateur libre (connu) et $G$ le propagateur exact (cherché).

En représentation énergie :

$$ G = \frac{1}{E - \hat H_0 - \hat V + \mathrm i\varepsilon} $$

$$ G_0 = \frac{1}{E - \hat H_0 +\mathrm i\varepsilon} $$

Il s’agit en réalité de $G^+$ et $G_0^+$ comme l’atteste la présence de $+i\varepsilon$ (en l’absence d’ambigüité, on se passe du $+$ pour alléger l’écriture).

L’identité matricielle $\dfrac{1}{A - B} = \dfrac{1}{A} + \dfrac{1}{A} B \dfrac{1}{A - B}$ (à vérifier en multipliant par $A - B$) donne l’équation de Dyson :

$$ G = G_0 + G_0\, \hat V\, G \Longleftrightarrow G = G_0 + G_0 \hat V G_0 + G_0 \hat V G_0 \hat V G_0 + \cdots $$


Suffit de poser $A=E - \hat H_0 + i\varepsilon$ et $B=\hat V$ et de réutiliser l’identité matricielle récursivement sur le nouveau $\frac{1}{A-B}$ obtenu.

Lecture diagrammatique :

  • une ligne = un propagateur libre $G_0$ (la particule vole librement) ;
  • un vertex = un facteur $\hat V$ (elle diffuse une fois sur le potentiel) ;
  • on somme sur toutes les positions et instants intermédiaires (en représentation position, chaque terme est une intégrale sur les points d’interaction).

La série dit : amplitude exacte = (jamais diffusé) + (diffusé une fois, n’importe où) + (diffusé deux fois, n’importe où) + … Ce sont déjà des diagrammes de Feynman (il ne manque que la seconde quantification pour que les vertex deviennent des créations/annihilations de particules).

Remarque : la forme fermée $G = (G_0^{-1} - \hat V)^{-1}$ montre qu’une série infinie de diagrammes peut se resommer en déplaçant le pôle. C’est le prototype de la self-énergie $\Sigma$ et de la masse renormalisée qu’on rencontrera plus loin ($G^{-1} = G_0^{-1} - \Sigma$).


Propagateurs et champs

Le chapitre précédent a établi le programme : le propagateur est une fonction de Green, ses pôles portent le spectre, et la position infinitésimale des pôles code les conditions aux limites temporelles. Ce chapitre exécute ce programme pour un champ relativiste, où trois nouveautés surgissent :

  • L'objet élémentaire n'est plus $\langle x|\mathrm e^{-\mathrm i\hat H\tau}|x'\rangle$ mais $\langle 0|\hat\phi(x)\hat\phi(y)|0\rangle$ : créer une particule du vide en $y$, la détruire en $x$ (en théorie des champs, le nombre de particules n'est pas conservé et l'opérateur de champ est précisément l'objet qui crée et détruit).
  • Les antiparticules : le spectre relativiste contient des fréquences des deux signes. Il faut pouvoir propager les fréquences positives vers le futur et les négatives vers le passé. C'est l'ordre chronologique $T$ qui accomplit cela. Il correspond au contour « panaché » du tableau du chapitre précédent.
  • La récompense : $\Delta_F(p) = \dfrac{\mathrm i}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon}$, une première brique des diagrammes de Feynman. Et déjà, en régime statique, l'explication des forces par échange de particules virtuelles (Yukawa).

L’amplitude élémentaire $D(x-y)$

Rappels :

  • Champ scalaire réel : $\hat\phi(x) = \int \frac{\mathrm{d}^3p}{(2\pi)^{3/2}} \frac{1}{\sqrt{2E_{\mathbf p}}} \Big( \hat a_{\mathbf p}\, \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x} + \hat a^\dagger_{\mathbf p} \, \mathrm e^{+\mathrm ip\cdot x} \Big)\Big|_{p^0 = E_{\mathbf p}} $
  • $ [\hat a_{\mathbf p}, \hat a^\dagger_{\mathbf q}] = \delta^{(3)}(\mathbf p - \mathbf q)$, tous les autres commutateurs sont nuls.
  • La mesure $ \int \widetilde{\mathrm{d}p} \;\equiv\; \int \frac{\mathrm{d}^3 p}{(2\pi)^3\, 2E_{\mathbf p}}$ est invariante de Lorentz (le $(2\pi)^3$ vient de la fusion des deux $(2\pi)^{3/2}$ des développements en modes).

On définit l’amplitude « créer une particule du vide en $y$, la détruire en $x$ » :

$$ D(x-y) = \langle 0|\hat\phi(x)\,\hat\phi(y)|0\rangle $$


$$ D(x-y) = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\;\; \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)}\Big|_{p^0 = E_{\mathbf p}} $$


En développant sur les modes (variables muettes $\mathbf p$ pour $\hat\phi(x)$, $\mathbf q$ pour $\hat\phi(y)$), quatre valeurs moyennes apparaissent :

  • $\langle 0|\hat a_{\mathbf p}\hat a_{\mathbf q}|0\rangle = 0$ (l'opérateur de droite annihile le vide) ;
  • $\langle 0|\hat a^\dagger_{\mathbf p}\hat a_{\mathbf q}|0\rangle = 0$ (doublement mort : $\hat a_{\mathbf q}|0\rangle = 0$ et $\langle 0|\hat a^\dagger_{\mathbf p} = 0$) ;
  • $\langle 0|\hat a^\dagger_{\mathbf p}\hat a^\dagger_{\mathbf q}|0\rangle = 0$ (l'opérateur de gauche crée sur le bra) ;
  • $\langle 0|\hat a_{\mathbf p}\hat a^\dagger_{\mathbf q}|0\rangle$ : le seul terme non trivial. On le normal-ordonne à la main via le commutateur :

    $$ \hat a_{\mathbf p}\hat a^\dagger_{\mathbf q} = \hat a^\dagger_{\mathbf q}\hat a_{\mathbf p} + [\hat a_{\mathbf p}, \hat a^\dagger_{\mathbf q}] \Longrightarrow \langle 0|\hat a_{\mathbf p}\hat a^\dagger_{\mathbf q}|0\rangle = \delta^{(3)}(\mathbf p - \mathbf q) $$

En recollant, seul le terme 4 survit, avec ses exponentielles $e^{-ip\cdot x} e^{+iq\cdot y}$ :

$$ D(x-y) = \int \frac{\mathrm{d}^3p\,\mathrm{d}^3q}{(2\pi)^3} \frac{\mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x + \mathrm iq\cdot y}}{\sqrt{4E_{\mathbf p}E_{\mathbf q}}}\, \delta^{(3)}(\mathbf p - \mathbf q) = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\;\; \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)} $$

(le $\delta^{(3)}$ a absorbé l’intégrale sur $\mathbf q$ et fusionné les deux $1/\sqrt{2E}$ en $1/2E_{\mathbf p}$).

L’amplitude de propagation est un pur effet de non-commutation. Si les $\hat a$ commutaient avec les $\hat a^\dagger$, $D$ serait nul : rien ne se propagerait.

Deux remarques importantes sur $D$ :

  • $D$ est une solution de Klein–Gordon homogène : $(\partial^2 + m^2)D = 0$ (chaque onde plane du paquet est sur la couche de masse). Ce n'est donc pas une fonction de Green (il manque le $\theta$, exactement comme à la section précédente où c'était la dérivée de $\theta$ qui produisait le $\delta$).
  • $D$ ne s'annule pas hors du cône de lumière : pour une séparation de genre espace, $D(0, \mathbf r) \sim \mathrm e^{-mr}$ (petite, mais non nulle, sur une longueur de Compton $1/m$). Faut-il s'inquiéter pour la causalité ? Non, et la suite dit pourquoi.

Causalité

Pour $z = x - y$ de genre espace ($z^2 < 0$) :

$$ [\hat\phi(x), \hat\phi(y)] = 0 $$


Étape 1 : calcul du commutateur. Mêmes claculs que pour $D$, mais seuls les crochets croisés survivent :

$\displaystyle [\hat\phi(x), \hat\phi(y)] = \int \frac{\mathrm{d}^3p\,\mathrm{d}^3q}{(2\pi)^3\sqrt{4E_{\mathbf p}E_{\mathbf q}}} \Big\{ \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x + \mathrm iq\cdot y}\underbrace{[\hat a_{\mathbf p}, \hat a^\dagger_{\mathbf q}]}_{+\delta^{(3)}} +\, \mathrm e^{+\mathrm ip\cdot x - \mathrm iq\cdot y}\underbrace{[\hat a^\dagger_{\mathbf p}, \hat a_{\mathbf q}]}_{-\delta^{(3)}} \Big\} = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \big( \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot z} - \mathrm e^{+\mathrm ip\cdot z} \big) = D(z) - D(-z) $

Remarque : il ne reste aucun opérateur. Le commutateur est un simple nombre, un multiple de l’identité (ce que Dirac appellait un « c-nombre »), le même dans tous les états. La causalité du champ libre est cinématique, pas dynamique.

Étape 2 : réduction au cas purement spatial. Si $z^2 < 0$, alors $|z^0| < |\mathbf z|$, et le boost le long de $\mathbf z$ de vitesse $\beta = z^0/|\mathbf z|$ (licite car $|\beta| < 1$ précisément parce que $z$ est de genre espace) amène $z$ sur la forme $z = (0, \mathbf r)$. Par l’invariance de Lorentz de $D$, il suffit de traiter ce cas.

Étape 3 : parité en $\mathbf p$. Pour $z = (0, \mathbf r)$, $p\cdot z = -\mathbf p\cdot\mathbf r$, donc

$\displaystyle D(z) - D(-z) = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \big( \mathrm e^{+\mathrm i\mathbf p\cdot\mathbf r} - \mathrm e^{-\mathrm i\mathbf p\cdot\mathbf r} \big) \;\overset{\mathbf p \to -\mathbf p}{=}\; 0 $

le changement de variable étant licite car la mesure est paire ($E_{-\mathbf p} = E_{\mathbf p}$).

Pour un intervalle de genre temps, par contre, le commutateur n’est pas nul : pour $z^2 > 0$, on peut amener $z$ sur $(t, \mathbf 0)$, et alors $D(z) - D(-z) = -2\mathrm i\int \widetilde{\mathrm{d}p}\,\sin(E_{\mathbf p}t) \neq 0$. Le renversement $z \to -z$ exigerait de renverser le temps, ce qui n’appartient pas au groupe propre orthochrone. L’asymétrie est exactement la bonne : l’influence causale vit dans le cône, et seulement là.

Pourquoi le commutateur est le bon critère de causalité

  • Corrélation ≠ signal. $D(z) \neq 0$ hors du cône dit que le vide contient des corrélations à distance de genre espace. Mais des corrélations ne transportent pas d'information (c'est la situation EPR : deux photons intriqués sont parfaitement corrélés hors du cône sans qu'Alice puisse envoyer un message à Bob).

Ce qui violerait la relativité, c’est qu’une intervention en $y$ modifie une probabilité mesurable en $x$.

  • Non-signalisation. Toute intervention en $y$ s'exprime par des opérateurs construits sur les champs au voisinage de $y$. Si tous les opérateurs locaux en $x$ commutent avec tous ceux en $y$ (ce que garantit $[\hat\phi(x), \hat\phi(y)] = 0$ qui s'étend au cas des polynômes de champs), les statistiques de mesure en $x$ sont rigoureusement insensibles à ce qui a été fait en $y$. C'est l'axiome de micro-causalité.

note

Pour le champ complexe, $[\hat\psi(x), \hat\psi^\dagger(y)] = D_a(z) - D_b(-z)$, où $D_a$ est construit sur les modes de particules et $D_b$ sur ceux d’antiparticules. L’annulation hors du cône exige que les deux intégrales se compensent identiquement, ce qui force l’existence du second jeu de modes et l’égalité des masses. Autrement dit : la causalité impose les antiparticules, de même masse que les particules (c’est le cœur de la conférence de Feynman « The reason for antiparticles »).


Le propagateur de Feynman

$$ \Delta(x, y) = \big\langle 0 \big|\, T\, \hat\phi(x)\, \hat\phi^\dagger(y)\, \big| 0 \big\rangle = \theta(x^0 - y^0)\, D(x - y) + \theta(y^0 - x^0)\, D(y - x) $$

où $T$ range les opérateurs du plus ancien (à droite) au plus récent (à gauche).
Pour le champ réel, $\hat\phi^\dagger = \hat\phi$.

Le $T$ généralise le $\theta(\tau)$ retardé du chapitre précédent : au lieu d’imposer un seul sens du temps, il dit « quel que soit l’ordre des dates, on crée d’abord, on détruit ensuite ».

Seul le champ complexe permet de comprendre le bien-fondé physique de cette définition.

Rappels sur le champ complexe :

  • Le champ complexe porte deux jeux de modes indépendants ($\hat a$ : particules, $\hat b$ : antiparticules) :

    $\displaystyle \hat\psi(x) = \int \frac{\mathrm{d}^3p}{(2\pi)^{3/2}\sqrt{2E_{\mathbf p}}} \Big( \hat a_{\mathbf p} \, \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x} + \hat b^\dagger_{\mathbf p} \, \mathrm e^{+\mathrm ip\cdot x} \Big) $

    $\displaystyle \hat\psi^\dagger(x) = \int \frac{\mathrm{d}^3p}{(2\pi)^{3/2}\sqrt{2E_{\mathbf p}}} \Big( \hat b_{\mathbf p} \, \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x} + \hat a^\dagger_{\mathbf p} \, \mathrm e^{+\mathrm ip\cdot x} \Big) $

  • et il porte aussi une symétrie $U(1)$, $\hat\psi \to \mathrm e^{\mathrm i\alpha}\hat\psi$, de charge conservée $\hat Q = \int \mathrm{d}^3p\, \big( \hat a^\dagger_{\mathbf p}\hat a_{\mathbf p} - \hat b^\dagger_{\mathbf p}\hat b_{\mathbf p} \big)$. On vérifie sur les modes que $[\hat Q, \hat\psi^\dagger] = +\hat\psi^\dagger$ : $\hat\psi^\dagger(y)$ dépose une unité de charge en $y$ (en créant une particule ou en détruisant une antiparticule), et $\hat\psi(x)$ en retire une.

Calculons les deux ordres chronologiques de $\Delta(x,y) = \langle 0|T\hat\psi(x)\hat\psi^\dagger(y)|0\rangle$.

Cas $x^0 > y^0$ : l’ordre est $\hat\psi(x)\hat\psi^\dagger(y)$.
Dans $\hat\psi^\dagger(y)|0\rangle$, seul $\hat a^\dagger$ agit. Une particule est créée en $y$.
Dans $\langle 0|\hat\psi(x)$, seule la partie $\hat a$ peut la détruire.
Seul survit $\langle 0|\hat a_{\mathbf p}\hat a^\dagger_{\mathbf q}|0\rangle = \delta^{(3)}(\mathbf p - \mathbf q)$, d’où

$$ \langle 0|\hat\psi(x)\hat\psi^\dagger(y)|0\rangle = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)} = D(x-y) $$

Une particule, créée en $y$, se propage vers le futur et meurt en $x$.

Cas $y^0 > x^0$ : l’ordre est $\hat\psi^\dagger(y)\hat\psi(x)$.
Cette fois, dans $\hat\psi(x)|0\rangle$, la partie $\hat a$ tue le vide. C’est $\hat b^\dagger$ qui agit : une antiparticule est créée en $x$.
Et c’est la partie $\hat b$ de $\hat\psi^\dagger(y)$ qui la détruit.
Seul survit $\langle 0|\hat b_{\mathbf q}\hat b^\dagger_{\mathbf p}|0\rangle$, d’où

$$ \langle 0|\hat\psi^\dagger(y)\hat\psi(x)|0\rangle = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(y-x)} = D(y-x) $$

Une antiparticule, créée en $x$, se propage vers le futur et meurt en $y$.

La lecture par la charge unifie les deux histoires : dans la première, une charge $+1$ voyage de $y$ vers $x$ ; dans la seconde, une charge $-1$ voyage de $x$ vers $y$. C’est le même courant de charge, de $y$ vers $x$, dans les deux cas. Un seul objet, $\Delta$, raconte un unique transport de charge, et l’ordre des dates décide seulement qui le transporte.

C’est l’énoncé précis de l’interprétation de Feynman des énergies négatives : une solution d’énergie négative se propageant vers le passé est une antiparticule d’énergie positive se propageant vers le futur.

Sur les diagrammes, la flèche d’une ligne suit le flot de charge, pas le sens du mouvement, d’où les flèches « à rebours » des lignes d’antiparticules.

Rq : pour le champ réel, $\hat b = \hat a$. La particule est sa propre antiparticule, la charge est nulle, et les deux histoires deviennent indiscernables. L’interprétation reste vraie, mais dégénérée : la lecture antiparticule n’est limpide que pour le champ complexe.

$T$ n’est covariant que grâce à la micro-causalité.
Le $\theta(x^0 - y^0)$ caché dans $T$ a l’air de trahir la relativité : pour une séparation de genre espace, l’ordre chronologique de $x$ et $y$ dépend du référentiel ! Le produit $T\hat\psi(x)\hat\psi^\dagger(y)$ semble mal défini… sauf si, précisément dans cette zone dangereuse, les deux ordres donnent le même opérateur, c’est-à-dire si $[\hat\psi(x), \hat\psi^\dagger(y)] = 0$ hors du cône. La micro-causalité est exactement la condition qui rend le produit chronologique sans ambiguïté, donc Lorentz-invariant, donc la théorie des perturbations covariante.


Anatomie du propagateur

$$ \Delta(x - y) = \int \frac{\mathrm{d}^4 p}{(2\pi)^4}\; \frac{\mathrm i}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon}\; \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)} $$

$p^0$ est une variable d’intégration indépendante de $\mathbf p$ (on intègre sur tout $\mathbb R^4$, pas seulement sur la couche de masse).

$p^2 = (p^0)^2 - |\mathbf{p}|^2$ et $E_{\mathbf{p}}^2 = |\mathbf{p}|^2 + m^2$, doù $p^2 - m^2 = (p^0)^2 - |\mathbf{p}|^2 - m^2 = (p^0)^2 - E_{\mathbf{p}}^2$.

En posant $\varepsilon’ = \frac{\varepsilon}{2E_{\mathbf p}}$, on a au premier ordre :

$$ p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon = \big(p^0 - (E_{\mathbf p} - \mathrm i\varepsilon’)\big)\big(p^0 + (E_{\mathbf p} - \mathrm i\varepsilon’)\big), $$

Les deux pôles sont en $p^0 = +E_{\mathbf p} - \mathrm i\varepsilon’$ (fréquence positive, sous l’axe) et $p^0 = -E_{\mathbf p} + \mathrm i\varepsilon’$ (fréquence négative, au-dessus).

Vérifions que la formule encadrée redonne $\theta(x^0-y^0)D(x-y) + \theta(y^0-x^0)D(y-x)$. Faisons l’intégrale sur $p^0$ à $\mathbf p$ fixé, avec $t = x^0 - y^0$ (mêmes gestes que l’inversion par résidus du chapitre précédent).

Cas $t > 0$ : $|e^{-\mathrm ip^0 t}| = e^{\mathrm{Im}(p^0)t}$ décroît pour $\mathrm{Im}\, p^0 < 0$ : on referme en bas (lemme de Jordan pour l’arc). Le contour horaire ($-2\pi \mathrm i \sum \text{Rés}$) attrape le seul pôle du bas, $p^0 = E_{\mathbf p} - \mathrm i\varepsilon’$ :

$\displaystyle \int \frac{\mathrm{d}p^0}{2\pi} \frac{\mathrm i\, e^{-\mathrm ip^0 t}}{(p^0 - E_{\mathbf p} +\mathrm i\varepsilon')(p^0 + E_{\mathbf p} - \mathrm i\varepsilon')} = \frac{-2\pi \mathrm i}{2\pi}\cdot \frac{\mathrm i\, e^{-iE_{\mathbf p} t}}{2E_{\mathbf p}} = \frac{\mathrm e^{-\mathrm iE_{\mathbf p} t}}{2E_{\mathbf p}} $

L’amortissement $e^{-\varepsilon’ t}$, qui a justifié toute la manœuvre, s’évapore (comme toujours) à la fin quand on prend $\lim_{\varepsilon \to 0^+}$.

En recollant l’intégrale sur $\mathbf p$ : $\Delta(t>0) = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, e^{-ip\cdot(x-y)} = D(x-y)$. Fréquences positives propagées vers le futur.

Le recollement en détail

Avec $\mathbf r = \mathbf x - \mathbf y$, la métrique $(+,-,-,-)$ scinde l’exponentielle : $\mathrm e^{-\mathrm i p\cdot(x-y)} = e^{-ip^0t}\,e^{+i\mathbf p\cdot\mathbf r}$, et $(2\pi)^4 = (2\pi)(2\pi)^3$ répartit les facteurs :

$\displaystyle \Delta(x-y) = \int \frac{\mathrm{d}^3 p}{(2\pi)^3}\, \mathrm e^{+\mathrm i\mathbf p\cdot\mathbf r} \underbrace{\left[\int \frac{\mathrm{d}p^0}{2\pi} \frac{\mathrm i\, \mathrm e^{-\mathrm ip^0 t}}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon}\right]}_{=\; \mathrm e^{-\mathrm iE_{\mathbf p}t}/2E_{\mathbf p} \text{ pour } t>0} = \int \frac{\mathrm{d}^3 p}{(2\pi)^3\, 2E_{\mathbf p}}\, \mathrm e^{-\mathrm iE_{\mathbf p}t + \mathrm i\mathbf p\cdot\mathbf r} $

Reconnaissance en deux morceaux :

  • L'exposant : $E_{\mathbf p}t - \mathbf p\cdot\mathbf r = p\cdot(x-y)$ évalué sur la couche de masse $p^0 = E_{\mathbf p}$. Le résidu a fait le travail d'une fonction delta : il a épinglé le $p^0$ libre sur la couche de masse.
  • La mesure : le $1/2E_{\mathbf p}$ sorti du résidu reconstitue exactement $\widetilde{\mathrm{d}p}$ — c'est le même $1/2E_{\mathbf p}$ que celui de $\delta\big((p^0)^2 - E_{\mathbf p}^2\big) = [\delta(p^0 - E_{\mathbf p}) + \delta(p^0 + E_{\mathbf p})]/2E_{\mathbf p}$ de la mesure invariante.

D’où $\Delta(t>0) = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)}\big|_{p^0 = E_{\mathbf p}} = D(x-y)$.

Piège du cas $t<0$ : le même recollement donne $\int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \mathrm e^{+\mathrm iE_{\mathbf p}t + \mathrm i\mathbf p\cdot\mathbf r}$, alors que la cible est $D(y-x) = \int \widetilde{\mathrm{d}p}\, \mathrm e^{+\mathrm iE_{\mathbf p}t - \mathrm i\mathbf p\cdot\mathbf r}$ : il faut un dernier changement de variable $\mathbf p \to -\mathbf p$ (licite car la mesure est paire) pour conclure.

Cas $t < 0$ : on referme en haut, le contour antihoraire attrape le pôle $p^0 = -E_{\mathbf p} + i\varepsilon’$, et le même calcul donne $D(y-x)$ : fréquences négatives propagées vers le passé (antiparticule de Feynman).

Retenir la logique : on n’a rien « choisi » avec le $i\varepsilon$, on a traduit l’exigence physique (particules vers le futur, antiparticules vers le passé) en une position de pôles.

$\Delta$ est une fonction de Green de Klein–Gordon :

$$ (\partial^2 + m^2)\, \Delta(x - y) = -\mathrm i\,\delta^{(4)}(x - y) $$


En Fourier, $\partial^2 \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x} = -p^2 \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot x}$, donc

$\displaystyle \begin{aligned} (\partial^2 + m^2)\Delta(x-y) &= \int \frac{\mathrm{d}^4p}{(2\pi)^4} \frac{\mathrm i(-p^2 + m^2)}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon} \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)}\\ &= -\mathrm i \int \frac{\mathrm{d}^4p}{(2\pi)^4} \mathrm e^{-\mathrm ip\cdot(x-y)} \\\ &= -\mathrm i\,\delta^{(4)}(x-y) \end{aligned} $

Même structure qu’au chapitre précédent : solution élémentaire de l’opérateur libre, avec les conditions aux limites (ici celles de Feynman) codées par le $+i\varepsilon$.


Yukawa : les forces comme échange de particules

La figure montre la version dynamique du processus : deux particules entrent, s’échangent un quantum du champ médiateur (la ligne en tirets), et repartent déviées (l’amplitude du processus contient le facteur $\frac{\mathrm i}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon}$ porté par la ligne interne). Le calcul de cette section en est la limite statique : des sources lourdes qui ne reculent pas, pour lesquelles le quantum échangé ne transporte pas d’énergie ($p^0 = 0$) ; le facteur devient $\frac{-\mathrm i}{\mathbf q^2 + m^2}$, et c’est sa transformée de Fourier qui va donner le potentiel.

Rq : la ligne en tirets est le dessin d’un terme de calcul, pas la photographie d’un projectile (cf. la section « particules réelles, particules virtuelles » plus bas).

Couplons le champ à une source statique ponctuelle de « charge » $g$ en $\mathbf r_1$. En régime statique ($p^0 = 0$), Klein–Gordon avec source devient un pur problème de fonction de Green au sens du chapitre précédent :

$$ \big(-\nabla^2 + m^2\big)\, \phi(\mathbf r) = g\, \delta^{(3)}(\mathbf r - \mathbf r_1) $$

Opérateur à coefficients constants : son symbole (le nom savant du polynôme $L(\mathbf q)$ du chapitre précédent), c’est-à-dire sa valeur propre sur les ondes planes, $\hat L\, \mathrm e^{\mathrm i\mathbf q\cdot\mathbf r} = L(\mathbf q)\, \mathrm e^{\mathrm i\mathbf q\cdot\mathbf r}$) vaut ici $L(\mathbf q) = \mathbf q^2 + m^2$.
Aucun zéro réel ($L \geq m^2 > 0$) : pas de mode propagatif en statique, donc aucune subtilité de contour ni de $\mathrm i\varepsilon$ ; les seuls zéros sont en $\mathbf q$ complexe, $q = \pm im$. D’où :

$\displaystyle \phi(\mathbf r) = g \int \frac{\mathrm{d}^3 q}{(2\pi)^3} \frac{\mathrm e^{\mathrm i\mathbf q\cdot(\mathbf r - \mathbf r_1)}}{\mathbf q^2 + m^2} = \frac{g}{4\pi} \frac{\mathrm e^{-m|\mathbf r - \mathbf r_1|}}{|\mathbf r - \mathbf r_1|} $

$g \int \frac{\mathrm{d}^3 q}{(2\pi)^3} \frac{\mathrm e^{\mathrm i\mathbf q\cdot(\mathbf r - \mathbf r_1)}}{\mathbf q^2 + m^2}$, c’est $\phi = G * \text{source}$ avec $\tilde G(\mathbf q) = 1/L(\mathbf q)$.
La source étant $g\,\delta^{(3)}$ posée en $\mathbf r_1$, la convolution se réduit à $\phi(\mathbf r) = g\, G(\mathbf r - \mathbf r_1)$ : la fonction de Green translatée au point de frappe (invariance par translation, encore elle).
La maxime « décomposer – faire tourner – recomposer » a ici sa version statique : décomposer – diviser par le symbole – recomposer.

L'intégrale pas à pas

On veut $I(r) = \int \frac{\mathrm{d}^3 q}{(2\pi)^3} \frac{\mathrm e^{\mathrm i\mathbf q\cdot\mathbf r}}{\mathbf q^2 + m^2}$ pour $r = |\mathbf r| > 0$.

On se place en coordonnées sphériques avec un axe polaire selon $\mathbf r$ : $\mathbf q\cdot\mathbf r = qr\cos\theta$ et $\mathrm{d}^3q = q^2\sin(\theta)\mathrm{d}q\,\mathrm{d}\theta\,\mathrm{d}\phi$.

L’intégrale sur $\phi$ donne $2\pi$.

On pose $u = \cos\theta$ :

$$ \int_0^{\pi} \mathrm e^{\mathrm iqr\cos\theta}\sin\theta\,\mathrm{d}\theta = \int_{-1}^{1} \mathrm e^{\mathrm iqru}\mathrm{d}u = \frac{2\sin(qr)}{qr} $$

d’où $I(r) = \dfrac{1}{2\pi^2 r}\displaystyle \int_0^\infty \dfrac{q\sin(qr)}{q^2 + m^2}\mathrm{d}q$.

L’intégrande est pair en $q$ (deux fonctions impaires au numérateur, une paire au dénominateur), donc

$$ I(r) = \frac{1}{4\pi^2 r} \int_{-\infty}^{+\infty} \frac{q\sin(qr)}{q^2 + m^2}\mathrm{d}q = \frac{1}{4\pi^2 r}\, \mathrm{Im} \int_{-\infty}^{+\infty} \frac{q\, \mathrm e^{\mathrm iqr}}{q^2 + m^2}\mathrm{d}q $$

$q^2 + m^2 = (q - \mathrm im)(q + \mathrm im)$, pôles simples en $q = \pm \mathrm im$, sur l’axe imaginaire.

Contour : pour $r > 0$, $|\mathrm e^{\mathrm iqr}| = \mathrm e^{-r\,\mathrm{Im}\, q}$ décroît dans le demi-plan supérieur : on referme en haut (Jordan tue l’arc). Le contour n’enferme que $q = +\mathrm im$.

Résidu (contour antihoraire : $+2\pi \mathrm i \sum \text{Rés}$) :

$$ \mathrm{Rés}_{q = \mathrm im} \frac{q\, \mathrm e^{\mathrm iqr}}{(q-\mathrm im)(q+\mathrm im)} = \frac{\mathrm im\, \mathrm e^{-mr}}{2\mathrm im} = \frac{\mathrm e^{-mr}}{2} \Longrightarrow \int_{-\infty}^{+\infty} = \mathrm i\pi\, \mathrm e^{-mr} $$

On recolle : $\mathrm{Im}(\mathrm i\pi \mathrm e^{-mr}) = \pi \mathrm e^{-mr}$, d’où $I(r) = \dfrac{\mathrm e^{-mr}}{4\pi r}$

L’énergie d’une seconde source $g$ placée en $\mathbf r_2$ dans ce champ est le potentiel de Yukawa :

$$ V(r) = -\frac{g^2}{4\pi} \frac{e^{-mr}}{r}, \qquad r = |\mathbf r_1 - \mathbf r_2| $$

Ce potentiel est attractif entre charges de même signe (fait remarquable de l’échange scalaire).

note

Le caractère attractif/répulsif vient du spin du médiateur : l’échange de spin pair (scalaire, graviton) fait s’attirer les charges identiques, l’échange de spin impair (photon) les fait se repousser. D’où « la gravitation attire tout » (spin 2) et « les charges semblables se repoussent » (spin 1).

Trois lectures de ce résultat :

  • C'est la limite statique du propagateur de Feynman : $\Delta$ à $p^0 = 0$ vaut $\dfrac{-\mathrm i}{\mathbf q^2 + m^2}$ ; le calcul complet par échange d'un quantum entre les deux sources (chapitres suivants) redonne $V(r)$. Une force = l'échange de quanta virtuels du champ médiateur.
  • La portée est littéralement la distance du pôle à l'axe réel : le résidu apporte $\mathrm e^{\mathrm iqr}|_{q=\mathrm im} = \mathrm e^{-mr}$. Unités restaurées : portée $= \hbar/mc$, la longueur d'onde de Compton réduite. Conversion pratique ($\hbar c \simeq 197$ MeV·fm) : portée nucléaire $\sim 1{,}4$ fm $\Rightarrow$ médiateur de $\sim 140$ MeV. Yukawa prédit l'existence de ce méson (le nom méson vient de sa masse intermédiaire entre l'électron et le proton) en 1935, et le pion (méson pi) est découvert en 1947 (prix Nobel en 1949).
  • La limite $m \to 0$ redonne Coulomb : le pôle glisse vers l'origine, $V \to -g^2/4\pi r$, portée infinie (cohérent avec un médiateur sans masse), et l'on retrouve la fonction de Green du laplacien du chapitre précédent.
    Mêmes mathématiques en matière condensée : l'écrantage de Thomas–Fermi donne un potentiel identique $\mathrm e^{-k_{TF}r}/r$ (le photon y acquiert une masse effective par le milieu).

Particules réelles, particules virtuelles

Ce que dit, morceau par morceau, $\Delta(p) = \dfrac{\mathrm i}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon}$ :

  • Particule réelle = quantum d'excitation d'un mode : l'état $\hat a^\dagger_{\mathbf p}|0\rangle$, sur la couche de masse $p^2 = m^2$ par construction. Vrai vecteur de l'espace de Hilbert : existe indépendamment de tout processus, se propage arbitrairement loin (le pôle domine la propagation à longue distance), fait clic dans un détecteur.
  • Particule virtuelle = ligne interne d'un diagramme : un domaine d'intégration ($p^0$ délié de $\mathbf p$, donc $p^2 \neq m^2$ génériquement), pas un état. Elle n'appartient pas à l'espace de Hilbert, n'a ni trajectoire ni durée de vie propre.
  • Le pôle $p^2 = m^2$ = la masse physique : traduction relativiste du slogan « les pôles portent le spectre ». Avec les interactions, le pôle du propagateur exact se déplacera : sa position définira la masse renormalisée, son résidu la constante $Z$ de renormalisation du champ. Et si le pôle s'enfonce franchement sous l'axe ($p^0 \simeq m - \mathrm i\Gamma/2$) : particule instable, de durée de vie $1/\Gamma$.

Paradoxe de « l’énergie empruntée »

L’image populaire (« le quantum emprunte $\Delta E \sim mc^2$ pendant $\Delta t \lesssim \hbar/\Delta E$, donc parcourt $\lesssim \hbar/mc$ ») donne la bonne portée, mais semble violer la conservation de l’énergie. Le nœud du paradoxe : entre l’état initial et l’état final (les seuls qu’on mesure) l’énergie est rigoureusement conservée. La question ne se pose que pour l’étape intermédiaire, celle où le quantum « vole » d’une source à l’autre. Or cette étape n’est jamais observée : c’est un terme dans une somme (la série de perturbations), et on est libre de découper cette somme de deux façons.

  • Première comptabilité (celle de l'image populaire). On raconte le processus comme un film horodaté : à $t_1$, la source 1 émet le quantum ; entre $t_1$ et $t_2$, il vole ; à $t_2$, la source 2 l'absorbe. Dans ce récit, on exige que le quantum intermédiaire soit une vraie particule, d'énergie $E_{\mathbf p} = \sqrt{\mathbf p^2 + m^2}$ (sur couche). Mais alors le bilan ne tombe pas juste : pendant $[t_1, t_2]$, l'énergie de l'état intermédiaire dépasse l'énergie initiale (il a fallu fabriquer le quantum d'au moins $mc^2$). La théorie ne s'en émeut pas : cet état n'est jamais mesuré, et son poids dans la somme est pénalisé par l'écart (ce sont exactement les dénominateurs en $1/(E - E_{\text{interm}})$ de la série de Dyson du chapitre précédent). Et un écart $\Delta E$ ne pèse que sur des durées $\lesssim \hbar/\Delta E$ : simple fait de transformée de Fourier (une composante dont la fréquence est décalée de $\Delta E/\hbar$ se brouille par interférence au-delà de $\hbar/\Delta E$). L'heuristique « $\Delta E \cdot \Delta t$ » n'est donc pas un droit de tirage sur une banque d'énergie : c'est la mesure du prix payé par un terme dont le bilan intermédiaire ne tombe pas juste.
  • Seconde comptabilité (celle des diagrammes de Feynman). On renonce à dater les étapes (prix de la covariance : pour deux événements séparés d'un intervalle de genre espace, l'ordre chronologique dépend du référentiel), et on impose à la place la conservation exacte de la quadri-impulsion à chaque vertex. Le bilan tombe juste partout, à tout instant… mais l'écart a changé de colonne : la ligne interne porte maintenant un $p$ qui ne vérifie pas $p^2 = m^2$ (il est hors couche). Ce n'est plus une vraie particule : c'est une variable d'intégration.
  • Bilan. Même amplitude totale, deux découpages du même calcul : soit de vraies particules intermédiaires avec un bilan d’énergie provisoirement faux (et pénalisé), soit un bilan d’énergie exact avec des objets intermédiaires qui ne sont pas de vraies particules. Ce qui n’existe dans aucune des deux colonnes : une vraie particule et une vraie violation. Rien n’est emprunté, on choisit seulement dans quelle colonne inscrire l’écart, et la physique mesurable (l’amplitude, la portée $\mathrm e^{-mr}$) est identique dans les deux.

    Gamme des portées


    Médiateur Masse Portée $\hbar/mc$ Interaction
    photon $0$ infinie ($V \propto 1/r$) électromagnétique
    pion (Yukawa) $\simeq 140$ MeV $\simeq 1{,}4$ fm nucléaire (résiduelle)
    $W^\pm, Z^0$ $\simeq 80$–$91$ GeV $\simeq 2\times 10^{-3}$ fm faible (« faible » surtout parce que courte)
    gluons $0$ pas $1/r$ à grande distance forte (confinement)

    La dernière ligne est le garde-fou : le raisonnement de Yukawa est perturbatif ; pour la QCD à grande distance, le couplage devient fort et la portée effective est gouvernée par le confinement, pas par la masse du médiateur.


    Dictionnaire : mécanique quantique ↔ champ scalaire

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    $\theta(t-t’)$ : propagation retardée $T$ : ordre chronologique (deux sens du temps)
    $(i\partial_t - \hat H)G^+ = \delta\,\delta$ $(\partial^2 + m^2)\Delta = -\mathrm i\,\delta^{(4)}$
    Pôles tous en $E_n - \mathrm i\varepsilon$ Pôles panachés : $+E_{\mathbf p}$ dessous, $-E_{\mathbf p}$ dessus
    Pôle = niveau d’énergie Pôle $p^2 = m^2$ = masse physique (résidu → $Z$)
    $\tilde G_0^+ = \dfrac{1}{E - \mathbf p^2/2m + \mathrm i\varepsilon}$ $\Delta = \dfrac{\mathrm i}{p^2 - m^2 + \mathrm i\varepsilon}$
    Fermeture sur les états propres $\sum_n \lvert n\rangle\langle n\rvert$ Développement en modes $\hat a_{\mathbf p}, \hat a^\dagger_{\mathbf p}$
    Série de Dyson $G_0 + G_0 V G_0 + \cdots$ Lignes internes des diagrammes de Feynman


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    1. On retrouve les deux règles de composition des amplitudes de Feynman :

      • événements successifs → les amplitudes se multiplient ;
      • alternatives indiscernables (par où est-elle passée ?) → les amplitudes s’additionnent (ici, s’intègrent).
       ↩︎

    2. Soit $g(E)$ tendant vers $0$ uniformément quand $|E| \to \infty$ dans le demi-plan inférieur. Alors, pour $\tau > 0$, l’intégrale de $g(E) \, \mathrm e^{-\mathrm iE\tau}$ sur le demi-cercle inférieur de rayon $R$ tend vers $0$ quand $R \to \infty$ (énoncé miroir en haut pour $\tau < 0$). Ici $g(E) = \frac{1}{E - E_n + \mathrm i\varepsilon} \sim \frac 1E \to 0$. L’hypothèse est satisfaite. Donc $$\int_{-\infty}^{+\infty} = \oint_{\mathcal C} - \underbrace{\int_{\text{arc}}}_{\to\, 0} $$ où $\mathcal C$ est le contour fermé (droite réelle + arc). ↩︎